Management et IA : quels conseils militants ?

Rédigé le 12/01/2026

Tribune – Secrétaire national CFE-CGC à la transition économique, expert du partenariat mondial sur l’intelligence artificielle auprès de l’OCDE, Nicolas Blanc décrypte les pratiques managériales à l’ère de l’IA en entreprise.

Le manageur est un véritable chef d’orchestre. Il définit les objectifs, répartit les tâches, surveille les performances tout en étant garant de l’épanouissement de ses collaborateurs. Cela requiert des compétences métier et des qualités humaines.

L’arrivĂ©e de l’IA a d’abord pu faire penser Ă  celle d’un super manageur qui allait, sur ces connaissances mĂ©tier, remplacer le manageur pour la partie planification des objectifs et des tâches. Et qu’il eut donc fallu, pour le manageur 2.0, dĂ©velopper plutĂ´t des compĂ©tences comportementales : Ă  l’IA la planification ; au manageur la gestion de l’équipe.

Le projet SeCoIA Deal (« Servir la confiance dans l’IA par le dialogue Â»), initiĂ© en 2020 par la CFE-CGC, a permis d’identifier qu’il n’en Ă©tait rien et que les compĂ©tences dites « douces » restent très interdĂ©pendantes des compĂ©tences « dures Â», dites mĂ©tier. C’est d’abord sur son savoir-faire que s’exerce le mĂ©tier de manageur et cela restera toujours vrai. La confiance des collaborateurs Ă  son Ă©gard, envers son leadership, ne peut se construire que sur cette base. Si l’émergence, fin 2022, de l’IA gĂ©nĂ©rative a rendu le mĂ©tier plus exposĂ© au remplacement de certaines tâches, elle n’a pas bouleversĂ© fondamentalement cette vĂ©ritĂ©.

COMPÉTENCES MÉTIER ET INTERROGATION DES OUTILS ALGORITHMIQUES

Pour utiliser ces formidables outils de crĂ©ativitĂ© et avoir un retour qualitatif, il faut savoir rĂ©diger une question (un prompt) prĂ©cise et pertinente. Et qui de mieux qu’un expert mĂ©tier pour ce faire ? Les manageurs ont tout intĂ©rĂŞt Ă  cultiver leurs compĂ©tences mĂ©tier tout en travaillant cette compĂ©tence d’interrogation des outils algorithmiques. L’art du prompting a ses règles d’or avec sept Ă©tapes : dĂ©finir l’objectif, identifier les Ă©lĂ©ments clĂ©s, structurer le prompt, ĂŞtre prĂ©cis et clair, inclure des exemples, tester et affiner, et itĂ©rer pour s’amĂ©liorer.

Autre rĂ©flexe Ă  acquĂ©rir, ne pas tomber dans le piège de l’anthropomorphisme : ChatGPT, Gemini ou Le Chat ne sont pas des collègues de travail mais des outils pour accomplir une tâche, tout en prĂ©servant son esprit critique. Il en sera de mĂŞme avec les futurs agents IA, qui ne seront pas des collaborateurs mais des outils Ă  surveiller.

D’autres outils à base d’IA peuvent être proposés aux manageurs afin de gérer la dimension RH : suggestion d’augmentation d’un collaborateur, de formation, de primes individuelles, etc. Là encore, l’humain doit rester au centre des décisions, sans déposséder la fonction managériale en termes de gestion de la performance individuelle ou collective.

BIEN APPRÉHENDER LE « SHADOW AI Â» ET LE « AI WORKSLOT »

L’IA gĂ©nĂ©rative a dĂ©mocratisĂ© l’utilisation de l’IA. Beaucoup de personnes ont d’abord voulu la tester pour un usage personnel. Certaines ont professionnalisĂ© cette pratique qui s’est intĂ©grĂ©e dans l’exercice de leur mĂ©tier, par exemple via un abonnement payant Ă  ChatGPT qu’elles comptent bien rentabiliser. Ce phĂ©nomène d’IA clandestine (« shadow AI »), c’est-Ă -dire l’utilisation par des salariĂ©s de solutions d’IA gĂ©nĂ©rative sans l’approbation de l’entreprise, ne doit pas ĂŞtre nĂ©gligĂ© par le manageur. Celui-ci doit essayer de les « ramener Â» dans des pratiques collectives par la mise en place de communautĂ© de connaissances afin de valoriser ces dĂ©marches individuelles.

Au niveau managérial, nous conseillons également d’être vigilant quant au phénomène de surproduction, par l’IA générative, de « bouillie » de documents de travail (« AI workslot »). Le manageur doit veiller, au sein de son équipe, à mettre en place des règles pour l’utilisation de ce type d’outils dans la production de notes ou de rapports. Par exemple en limitant à 20 % ladite production générée par une IA de type Copilot. Des outils permettent de vérifier le respect de cette règle mais il convient, en amont, d’en avertir les collaborateurs. Cela peut passer, entre autres, par la négociation d’une charte de bonnes pratiques.

Nicolas Blanc, secrétaire national CFE-CGC à la transition économique

Source: CFE-CGC